Jeunes, libres & amoureux

 

Nous étions là, au beau milieu de l'aéroport, entourés de gens mais pourtant l'impression d'être seuls au monde. Cramponnée à son cou, lui à mes hanches, incapables de se quitter, incapable de se lâcher, ses larmes coulent sur mon épaule et moi, j'ai le coeur à l'envers. J'ai une boule dans le ventre, mon souffle est rapide et j'ai du mal à respirer. Je me sens anéantie, je suis plus triste que jamais, mais malgré tout, son amour me fait du bien. 

Durant plus de deux ans, notre histoire d'amour s'est vécu entre le Québec & le Mexique. Entre les plages du Pacifique et celles de Charlevoix, entre l'aéroport de Zihuatanejo et celui de Montréal. Les employés du petit aéroport de Zihuatanejo nous connaissaient bien. « Ah tiens, c'est le petit couple qui nous fait pleurer » disent-ils chaque fois. À chaque mois c'est la même histoire qui se répète, un part, l'autre reste. Mais cette fois-ci, c'est différent, je ne me sens pas capable de partir, qu'arriverait-il si je ne peux pas revenir avant trois ou six mois? Qu'arriverait-il si je dois attendre jusqu'à son arrivée à Montréal dans huit mois? Je ne pourrais pas, c'est trop long, c'est trop difficile. 

L'heure sur l'horloge en face de moi me sort de mes pensées, c'est l'heure, je dois vraiment y aller. J'avance tranquillement vers les portes qui mènent à la zone sécurisée, je fais un pas vers l'avant pour trois par derrière, toutes les parcelles de mon corps m'empêchent de franchir ces portes. Quand je m'avance pour tendre mon passeport à la sécurité, il me tire par la main et me ramène contre lui, « S'il te plait ne pars pas » me répète-t-il une fois de plus. Je suis déchirée. Entre les rires & les pleurs on s'échange quelques derniers mots, un long baiser puis je franchie les portes vitrées. De l'autre côté je marche lentement pour le regarder jusqu'au dernier moment, les deux mains sur le coeur, les larmes aux yeux, avec tout l'amour que je peux lui transmettre du regard, je lui fais un dernier sourire avant de m'éloigner.

 

Arrivée à la zone sécurisée, seule, avec cette sensation de vide, ce sentiment d'avoir le coeur brisé, je m'approche de la porte d'embarquement, l'écran au dessus de celle-ci indique "Vol Retardé". Merde j'aurais pu rester avec lui plus longtemps... Bien que je sois rendu à quelque pas de mon embarquement, ma tête surchauffe encore de mille et une pensées, je ne suis pas prête à partir, je ne veux pas partir. « Ok, si l'embarquement ne s'entame pas dans 10 minutes, je reste au Mexique » .

Exactement sept minutes plus tard, on appelle les passagers. Je laisse passer des gens devant moi, puis m'avance tranquillement vers la femme au comptoir qui scan mon passeport.             « Adelante Señorita »  me dit-elle en me pointant la porte qui mène sur la piste.

 

J'avance tranquillement, franchie les portes et arrivée sur la piste, j'aperçois mon avion au loin. Le son lointain du moteur de celle-ci, les pensées qui font beaucoup trop de bruit dans ma tête, je n'arrive pas à trouver le calme, je n'arrive pas à penser rationnellement. Qu'est ce que je fais?

Puis, je ralentis le pas. Les gens passent à côté de moi en direction de l'avion et moi plus j'avance, plus je ralentis. Je jette un oeil derrière, les passagers qui me dépassent me regarde l'air de se demander ce que je fais, et au beau milieu de ces gens qui passent de chaque côté de moi, je m'arrête. Ma respiration s'accélère, je regarde derrière moi, puis devant et d'un coup je tourne les talons et fais demi-tour. Je me dirige vers la porte de l'aéroport d'abord lentement puis j'accélère de plus en plus le pas, c'est décidé je reste ici avec l'homme que j'aime. Je croise les gens qui vont dans la direction opposée, ils me suivent du regard l'air intrigué.

J'entre dans l'aéroport, fais sursauter l'agente au comptoir qui me demande aussitôt, que pasa ? À bout de souffle, entre deux respirations courtes et rapides je lui dis que je ne peux pas prendre mon vol. Elle m'assure que l'avion est sécuritaire, qu'il n'y a pas de danger mais je n'ai que deux mots à la bouche, El amor ! 

Son interphone sonne. C'est le pilote qui demande si le vol est complet, elle me regarde ayant l'air de me demander si je suis certaine de ce que je fais. Je lui fais signe de tête, même si je n'ai aucune idée de ce que je fais. Elle répond à son interphone et dit mon nom en ajoutant que je ne serai pas présente sur l'avion puis me regarde et dit en espagnol: « Une fois que je passe la carte, le vol sera fermé, vous êtes certaine que vous ne voulez pas embarquer? » , « Si estoy segura » lui répondis-je. Puis elle passa la carte. Voilà c'est fait me dis-je. 

On me reconduit à la porte, où je quitte la zone sécurisée, l'homme qui était là quand j'y suis entrée plus tôt me regarde en souriant et me lance ''Je savais que vous ne partiriez pas cette fois''.

Maintenant je dois rentrer à la maison car on m'annonce que c'était le dernier vol et que l'aéroport ferme ses portes jusqu'à 5h demain matin. J'essaie de m'informer où je peux prendre la Combi (le transport local) mais on me dit qu'à cette heure là, il n'y a plus de service. Je sors de l'aéroport, pas de taxis non plus. « Ya es muy tarde señorita » me dit un employé de l'aéroport et m'expliquant qu'il n'y a plus de transport à cette heure. C'est finalement l'agente du comptoir qui m'offre de me ramener en ville.

En sortant de l'aéroport quelques minutes plus tard, elle me pointe le ciel et me dit « Mira! Es su vuelo » . Je lève les yeux et j'aperçois mon avion là-haut, toute petite, qui monte puis disparaît dans le ciel étoilé.

À mi-chemin sur la route, la femme s'arrête et me dit que je dois attendre sur ce coin de rue, que par ici les taxis passent régulièrement. Mon souffle s'arrête, je pense: Quoi! je dois attendre ici, toute seule, sur la route, la nuit, dans un des états les plus dangereux du Mexique? « Gracias señora » lui dis-je en fermant la porte de la voiture. 

À peine deux minutes plus tard un taxi passe devant moi. Le bras dans les airs, je siffle plus fort que je n'ai jamais sifflé et cours vers celui-ci qui s'est arrêté au beau milieu de la route. « Al centro » lui dis-je! Cinq minutes plus tard, on arrive devant la maison, le chauffeur m'aide à sortir mon sac à dos du coffre, me souhaite une belle soirée puis la voiture s'éloigne doucement dans la nuit.

Je marche vers la maison, sous la lune qui m'éclaire, le son de la mer au loin, tout semble si calme tout à coup. Je monte les escaliers tranquillement pour arriver dans le cadre de la porte qui est entrouverte pour y laisser entrer la brise de la nuit.

Il est là.

Il passe devant la porte, me vois du coin de l'oeil mais ne réagit pas, il garde la tête vers l'avant et continue de marcher, puis d'un mouvement sec il ramène immédiatement son regard dans le cadre de porte où je me trouvais, immobile, le sac à mes pieds. AMOR! S'écria t-il. Il courra vers moi et me serra plus fort que jamais, en reculant sa tête plusieurs fois, pour me regarder et toucher mon visage, comme pour voir si c'était bien réel. « Qu'est ce que tu fais ici? » Me répéta-t-il trois fois de suite les larmes aux yeux, le sourire jusqu'au oreilles. Je tremble, j'ai aucune idée de ce qui vient de se passer, je ne pouvais pas partir « Serre-moi je capote! » lui ai-je dis. 

 

Cette nuit là j'ai écris à ma famille pour leur dire que je ne reviendrais pas. 

 

Nous sommes descendus à la plage pour marcher et reprendre nos esprits, pour finalement y trouver des musiciens qui se donnaient en spectacle. Nous avons dansés pieds nus dans le sable, sous la lune, au son des vagues & de la guitare, comme des enfants. 

 

Nous étions jeunes, libres & terriblement amoureux.

 

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