Je suis vegan & je finance Monsanto

J'ai toujours aimé les animaux. J'ai grandi dans un petit village où il n'y avait pratiquement pas d'enfants. Lorsque je revenais de l'école, souvent je n'avais pas d'amis avec qui jouer mais ça ne me manquait pas. J'allais jouer dans la cour des voisins avec leur chien, j'observais la nature, les insectes, les grenouilles dans le lac sur notre terrain, j'ai grandi avec la nature. 

J'ai mangé du poulet, du boeuf, du porc sans jamais faire le lien avec l'animal vivant que j'adorais caresser lorsque ma grand-mère m'amenait à la ferme. 

Il y a quelques années, j'ai décidé d'éliminer de mon alimentation tous les produits fait à base d'animaux! C'est le documentaire "Earthling" qui m'a fait faire la switch du jour au lendemain. 

Sauf que voilà, dans la communauté, il y avait souvent du mépris envers la plupart des gens qui n'avait pas fait cette transition. J'en suis aussi venue à penser que les gens qui mangeaient des animaux en toute connaissance de cause n'avaient aucune compassion, ne faisaient pas leur part pour la planète, pour le monde etc.

À l'époque, je ne mangeais pas bio. Mon alimentation consistait à manger plus de 10 bananes par jour venues principalement d'Amérique centrale, je mangeais des papayes & des avocats du Mexique, des Dattes Medjoul provenant d'Israël et des fraises venues des États-Unis. J'ai eu une conversation avec un ami qui chassait l'orignal et j'ai voulu lui faire remarquer que son alimentation n'était pas éthique. Mais moi, étais-je vraiment aussi éthique que je le croyais? Je faisais venir mes aliments de l'autre bout de la planète, je contribuais à l'économie d'un pays dont j'aurais dû depuis longtemps boycotter les produits  et j'achetais mes fraises dans le pays d'à côté alors que dans la forêt, derrière ma maison, poussaient les meilleures fraises du monde.

Lors d'un roadtrip de 6 mois que j'ai fait au Mexique, je suis passée par Michoacan, là où on cultive la plupart des avocats qu'on retrouve sur nos tablettes d'épicerie au Québec. Les travailleurs aspergeaient les arbres de pesticides sans protection, c'était ces gens qui s'occupaient d'entretenir le fruit que je mettais dans ma salade pour dîner. Aujourd'hui, je ne peux pas dire que les aliments biologiques sont cher car  j'investis non seulement dans ma santé, mais dans une industrie plus soucieuse de l'environnement et moins nuisible pour le travailleur. Je ne dis pas que c'est parfait, mais c'est une façon de commencer à faire sa part.

 
avocat mexique manger local biologique pesticide monsanto bayer
 

J'ai vécu la même situation au Costa Rica, lorsque je suis passée devant un champ de bananes et en Indonésie là où j'achetais mon café non-équitable récolté par des gens payés un salaire minime.  Des gens qui travaillaient dans des conditions misérables pour que j'aie de quoi boire un bon latté réconfortant en milieu d'après-midi. Sans parler de l'huile de coco que j'utilisais comme hydratant corporel, ce produit très prisé ces temps-ci pour ses prétendus bienfaits. Je n'avais pas réalisé l'ampleur des plantations destinées à l'huile de palme, pourtant, quand j'ai survolé Java en Indonésie, la tête dans le hublot, quelque chose ne semblait pas normal. Et oui, c'était la monoculture de palmiers. Des kilomètres d'une seule espèce d'arbres, aucune richesse, aucune diversité, seul un gros champ de production

 
huile de palme indonesie manger local biologique pesticide monsanto bayer
 

 

Entre mes gigantesques épiceries hebdomadaires de fruits exotiques non bio et mon ami qui mangeait local, biologique et chassait un animal qui pouvait nourrir sa famille durant plusieurs mois, je me demande qui polluait le plus.

Si on voulait une alimentation parfaite, le seul moyen serait probablement de faire tout pousser soi-même dans son jardin mais ce n'est pas une solution qui est accessible pour tous. L'important, ce n'est pas de vouloir faire à la perfection mais plutôt, de faire sa part et surtout, de s'informer sur l'actualité afin de progresser de manière éveillée. Il y a quelques mois de cela, deux géants destructeurs de la planète se sont unis ; La société de biotechnologie agricole Monsanto & la société chimique et pharmaceutique BAYER.  Aujourd'hui, j'apprends qu'ils ne conserveront que le nom de BAYER puisque celui de Monsanto est synonyme de danger & de bandit. Mais si ça fonctionne, c'est en partie parce que nous ne sommes pas assez informés.

Monsanto entre poison, mensonges & imputé [article]

Oui c'est dégueulasse, oui c'est épouvantable, oui cette union est catastrophique pour la planète et toute vie présente sur celle-ci, mais sachant tout cela, j'ai acheté encore hier soir des fruits congelés non-biologiques pour mon smoothie de ce matin. Je suis la première à m'indigner lorsqu'un nouvel article sort sur Monsanto ou Bayer, pourtant, je contribue à l'expansion de cette multinationale destructrice par mes choix alimentaires. Je tente de faire un maximum pour l'environnement et pour la planète, je change mon alimentation, j'essaie d'éveiller les consciences, de m'éduquer et pourtant, je fais encore parfois partie de ceux qui donnent leur argent à ces bandits et ça, c'est la première chose à réaliser.

 Il faut comprendre que la seule raison pour laquelle ces géants peuvent devenir encore plus gros, c'est que nous consommons leurs produits. Si un T-shirt coûte 10$ chez Zara, je paie beaucoup plus cher si j'achète celui-ci. Quand j'achète, j'encourage une pratique, une entreprise et ses valeurs. Faisons le lien.

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consommation gaspillage black friday mode responsable
 

La plus grosse transformation que j'ai vécue lorsque j'ai arrêté de manger des animaux, c'est que j'ai enfin pu faire le lien entre le morceau de chair et l'animal vivant, mais cela vaut aussi pour tout le reste.

Aujourd'hui, je ne suis plus vegan, mais ce n'est pas ça l'important. On se fout que tu sois vegan, végétarien, crudivore ou omnivore. Le plus important, c'est d'être conscient des répercussions de ses choix & d'agir en conséquence. Que manger l'oeuf de la poule de ton voisin n'est pas moins éthique que manger le kale de ton jardin. Un jour un ami m'a dit, être vegan c'est un luxe. Des pays, des habitants de certains villages ne peuvent se permettre d'être vegan, ils mangent ce qu'ils produisent, ils font avec ce qu'ils ont. On ne sera pas surpris d'apprendre que la plupart de ces pays ne sont pas ceux qui polluent le plus sur la Terre. Je n'irai pas dans le grand nord du Canada pour apprendre aux communautés que manger du poisson est mal et détruit les océans. Comme je n'aurais jamais osé dire à mon hôte au Mexique que tuer son canard pour nourrir ses enfants était inhumain. 

Voici ce que consomment en nourriture différentes familles à travers le monde :

 États-Unis  http://www.konbini.com/fr/tendances-2/alimentation-peter-menzel-monde-photographie/

États-Unis

http://www.konbini.com/fr/tendances-2/alimentation-peter-menzel-monde-photographie/

 Mongolie

Mongolie

 Équateur

Équateur

Alors qu'ici, on change de voiture au cinq ans, qu'on fait les magasins lorsqu'on s'ennuit, qu'on mange de la nourriture qui provient de partout sur la planète, sans parler du gaspillage... je crois que nous sommes pour la plupart, bien moins éthiques que des gens qui font avec ce qu'ils ont. Oui la viande, on le sait, ça pollue. Incroyablement. Nous savons aujourd'hui que pour diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, nous devons réduire notre consommation de viande, mais je continue de penser que celui qui chasse le lièvre pour souper n'est pas pire que celui qui passe son samedi après-midi dans le centre d'achat. 

Il y a tellement de belles solutions encourageantes, bien sûr l'alimentation à base de plantes en est une mais aussi le zéro-déchet, les défis de ne rien acheter durant un an, recycler ses vêtements, apprendre à réparer, à produire de l'énergie avec les déchets, la permaculture, les jardins communautaires, etc.

Choisissons nos combats & continuons chaque jour de poser des actions. Cela fera déjà, une belle différence.

Souvenons-nous que chaque fois que nous payons un dollar pour quelque chose, nous encourageons un commerce. Donnons le dollar à la bonne personne, à la bonne entreprise, au bon producteur, à celui qui partage nos valeurs environnementales et éthiques.

Avant de pointer le voisin, regardons dans notre propre foyer, que pouvons-nous changer? Comment pouvons nous consommer de façon plus responsable & plus équitable? Encore une fois, il ne s'agit pas d'être parfait, mais de ne jamais cesser de faire sa part et de ne jamais cesser de cheminer. Pour vous, ce sera peut-être de devenir zéro-déchet, pour moi ce sera peut être de manger uniquement biologique & local, pour quelqu'un ce sera d'acheter uniquement des vêtements équitables ou n'acheter que des vêtements d'occasion alors que pour un autre ce sera simplement de commencer à recycler ou faire du compost. Nous ne partons pas tous du même endroit, nous n'avons pas tous le même background, mais nous voulons tous aller vers le même point : un monde meilleur. 

 

Chaque pas compte, partageons le message & ensemble continuons d'avancer.

 

Bonne chance! :)

Elise BernierComment