Quand le voyage devient un besoin

PASSION n.f < latin passio [...] État affectif et intellectuel assez puissant pour dominer la vie mentale. -> Flamme

On ne sait ni d'où ça vient ni où ça nous mènera mais tel un set de vagues énormes qui se dessine derrière la houle dans l'océan, ça nous fonce dessus sans qu'on y soit préparé. Pris d'assaut par la force de cette chose qui nous brasse de la surface au fond de la mer, qui fait battre notre coeur à cent mille à l'heure, cette chose si puissante nous fait parfois du mal mais semble pourtant nécessaire à notre vie. C'est ainsi que la passion s'empare de nous.

Je me souviens du moment exact auquel cet état d'âme intense s'est manifesté. Devant la mer, seule, pour la première fois à plus de 4000 kilomètres de chez moi, la brise de l'océan créant cet air humide, le son du déferlement de la mer,  l'odeur tropicale saline, ça s'est emparé de moi et ne m'a jamais quitté depuis. Ce besoin de dépaysement, d'inconfort et de nouveauté est, depuis ce jour, ce qui domine ma vie.

Au départ, c'était plaisant, partir quelques jours à l'étranger et puis revenir la tête pleine de nouvelles expériences. Mais les jours se sont transformés en semaines, puis en mois et il ne fallu pas longtemps pour que la durée de mes voyages passent de deux semaines à six mois. 

Le tourisme se transforma en véritable évasion. Le désir d'apprendre, de parler la langue locale, de m'imprégner de la culture et du mode de vie des gens du pays devint prioritaire. Ce n'était pas toujours facile. Seule à l'autre bout du monde, passer des jours dans de petits villages sans eau ni électricité avec des gens qui ne parlent pas ma langue, certains ayant leur idée bien fondée sur les occidentaux, je me sentais parfois seule et même isolée, mais le besoin de vivre ce genre d'expérience était ancré en moi.

Les premières années, je planifiais chaque détail, prenais en note les lieux qui selon le Lonely Planet, valaient la peine d'être visités, je revenais au Québec sautillant d'excitation, voulant raconter chaque détail de mes voyages à mes proches, je voulais me faire photographier devant les merveilles du monde, montrer où j'étais allée alors qu'aujourd'hui je laisse le voyage me guider. Le contrôle s'est transformé en lâcher prise, les itinéraires planifiés ont laissé place à l'inconnu total, ce n'est plus moi qui visite le pays, mais le pays qui me transporte. Au rythme du mode de vie local, à travers les paroles des habitants et leurs suggestions, ce sont eux qui définissent la tournure de mon chemin. Ce n'est plus moi qui visite le monde, mais le monde qui s'offre à moi. 

Avant de monter à bord de l'avion, je laisse ma bouteille d'eau potable et mes lunettes d'occidentale à la poubelle de la douane. Alors que mes préjugés, mes idées préconçues et mes attentes elles, ne sont désormais qu'affaires du passé.

C'est ainsi, sans résistance ni rigidité, que je laisse l'aventure remplir ce baluchon que j'ai bien pris soin de vider de mes connaissances du passé avant de m'envoler. 

Ce que disent les médias n'a plus d'importance, ce que certains racontent au sujet d'un pays n'est que leur vision des faits et tout cela, ne m'appartient point. Le voyage lui-même m'enseignera ce que j'ai à savoir. Les gens du pays me raconteront eux-mêmes leur histoire et moi, je me tâcherai  d'écouter sans jugement, de voyager sans appréhension et tenterai de voir le monde à leur façon durant un instant. 

 

Les mots seraient insuffisants pour expliquer ce besoin de découverte et de dépaysement qui règne en moi. 

Alors que les blogs de voyage, bouquins et documentaires sur les cultures de notre monde arrivent à apaiser ma bougeotte lors de mes retours au Québec, le calme ne dure jamais bien longtemps avant que la brise de la mer, connue auparavant, se manifeste à nouveau et que le cycle se répète. 

Dès lors, la map du monde devient le fond d'écran de mon ordinateur, une image sur laquelle je passe et repasse les différents pays du monde et me laisse guider sans résistance, vers celui qui m'appellera. C'est de façon spontanée, sans itinéraire, avec simplement les préparations de base d'avant départ que je mets le cap vers une autre terre.

Les voyageurs sont souvent pointés du doigt comme étant des gens qui cherchent à fuir la réalité, mais le voyage ne serait-il pas une passion parmi tant d'autres?

Depuis que je suis toute petite que je vois mon père accessoirisé de son appareil photo alors que ma mère elle, pouvait passer des heures assise derrière son piano à répéter des airs de Debussy. J'ai entraîné ces dernières années des triathlètes et des nageurs pour qui le sport est ce qui domine leur vie. Je ne peux avoir de conversation avec mon frère sans parler de production cinématographique et avec ma meilleure amie sans parler de surf et de l'océan. Ces gens ne se demandent pas si ce qu'ils font fait un sens, ils ne se remettent pas constamment en question à savoir si ce qu'ils font leur servira à quelque chose, non. Ils font ce qu'ils font parce que c'est ancré en eux.

La passion, c'est la flamme qui brûle en dedans, c'est cette chose qui sans savoir, s'est emparée de nous un jour et ne nous à jamais quitté.

On doit accepter notre coeur de nomade et entretenir cette flamme qui brûle en nous. 

N'endormez jamais votre passion, que celle-ci soit acceptée socialement ou non, vivez-la, chérissez-la, en secret s'il faut mais ne laissez jamais personne vous dire que ce que vous faites n'a pas de sens. 

Rien ne sert d'analyser, d'expliquer ou de se justifier. Une passion, ça ne se décrit pas, ça se vit.

N'ayez jamais honte de ce feu qui brûle en dedans et ne le négligez jamais. Même si parfois celui-ci doit être mis de côté un moment pour mieux répondre à certaines de nos responsabilités, continuez de revenir à lui, car la flamme, si elle est entretenue régulièrement, ne cessera jamais de briller.

 

Bon voyage.

 

 

Elise Bernier2 Comments