Arrêtons de rêver! Le voyage nous changera pas

Je ne savais plus où j’en étais dans ma vie. Je venais de me sortir d’une relation malsaine qui m’avait atteint d’une façon que je ne m’étais pas imaginé à l’époque où je la vivais. À mon retour, plusieurs dures épreuves ont été mises sur ma route les unes après les autres. Je ne m’étais même pas douter que cela avait pu altérer la confiance que j’avais en moi puisque ça n’a jamais été une difficulté pour moi de croire en moi-même.

Cette même année, j’ai quitté mon mode de vie nomade, je suis revenu au Québec, j’ai troqué mon passeport pour des livres de sciences & je me suis inscrite à l’université. Je me suis retrouvée dans une vie qui ne semblait pas être la mienne, dans cet environnement qui me rendait inconfortable, avec des projets qui ne semblaient pas venir de mon coeur, mais j’ignorais où j’en étais. Je me sentais si loin de ce qui me faisait vibrer & de ce qui faisait brûler la flamme à l’intérieur de moi.

À peine une semaine après la fin de ma session d’hiver, j’ai réservé un vol & j’ai mis les voiles. Je n’ai pas réfléchi à ma destination, j’avais simplement besoin de repartir, de retrouver la route & cet état d’esprit incroyable que me procure le voyage.

L’agente de bord me désigne mon siège, j’étais située dans la rangé du centre, entre deux inconnus & derrière trois enfants qui ont pleurés pratiquement tout le vol, c’était la première fois que je n’étais pas sur le bord du hublot, mais j’étais tellement exténuée de mon année que cela m’est passé au-dessus de la tête. J’ai fermé mes yeux & je me suis laissée bercée par le bourdonnement sourd de l’avion, qui me plongea dans un sommeil léger.

Le voyage a toujours été thérapeutique pour moi. Grâce à lui, j’ai l’impression d’être moi-même plus que nulle part ailleurs. Il me permet de prendre une distance et de me concentrer sur tous ces projets qui m’apportent du bonheur. J’avais donc cette attente avant même de partir, j’attendais du voyage qu’il me reconnecte avec qui j’étais, qu’il me remette sur les rails & qu’il m’apporte la clarté dont j’avais besoin à cette période éprouvante de ma vie.

Pourtant cette fois-ci, ça n’a pas été le cas. D’une certaine façon bien sûr je me sentais mieux, mais j’étais loin d’être guérie de toutes mes épreuves. Je ne sentais le soleil qu’en surface, tentant d’oublier que les nuages étaient toujours bien présents au fond de moi.

Je n’osais pas admettre que j’étais blessée, je tentais plutôt de rebondir & repartir de façon plus positive, mais ce n’était pas si simple. Mes bases n’étaient plus aussi solides et le voyage à lui seul, ne pouvait solidifier mes fondations.

N’attendons pas du voyage que celui-ci nous change.

N'imposons pas de pression sur cette magnifique route qu’est le voyage. Celui-ci ne nous changera pas. En fait, nous mettre de la pression à aller mieux ne nous aidera point à se relever. S’imposer à soi-même de changer est une réaction qui découle de la rudesse et non de l’acceptation. Cette pression de changer, de modifier qui nous sommes, devenir plus grand, plus fort, plus respecté, plus populaire, plus toujours plus.

Vouloir changer, c’est prétendre que quelque chose chez nous cloche. Or, si nous acceptions de voir cette chose comme une partie de nous, avec douceur & indulgence plutôt qu’avec stress et énervement, si nous prenions le temps d’observer plutôt que de s’empresser à tout cacher, peut-être serions-nous déjà dans une optique plus sincère.

Cessons de nous taper sur les doigts si quelque chose ne se passe pas comme on l’avait prévu, cessons de feindre que tout va bien si ça ne va pas, n’ayons pas peur de nos émotions, elles sont là pour une raison. Plutôt que de les repousser du revers de la main, de les enfouir en faisant semblant qu’on a rien vu, faisons leur une place. Réservons leur un siège à côté du nôtre, regardons les en face avec ouverture et humilité. Acceptons tout simplement, qu’elles font elles aussi partie du voyage.

Dans cette société de compétition & de rapidité, autorisons-nous du temps.

Acceptons que parfois, le rétablissement est plus long et que bien souvent la seule chose à faire est d’avancer, d’accueillir pleinement comment on se sent et continuer de mettre un pied devant l’autre en regardant vers l’avant.

Nos peurs, nos frustrations & nos peines ont besoin d’être vécues au même titre que nos joies, elles font parties de chacun de nous & accepter leur complexité ne rendra qu’une personne plus belle et authentique.

Le voyage ne nous transformera pas si nous ne nous acceptons pas au préalable. Certes, il n’a peut-être pas le pouvoir de nous changer, mais il nous permet d’être davantage la personne que nous sommes au fond de nous. Il nous accorde temps & distance, choses que nous avons parfois du mal à nous offrir dans notre mode de vie occidental. L’évasion que l’aventure nous procure ne nous guérira peut-être pas sur le coup, mais le voyage a ce pouvoir magique de nous permettre de prendre de la hauteur. Il nous permet de réaliser que partout à travers le monde, malgré nos différences, nous sommes des êtres qui partagent une multitude de ressemblances et s’il y a quelque chose qui ne change pas, même à 10 000 kilomètres de distance, ce sont nos émotions. L’amour, la peur, la joie & la peine, allons aussi loin que nous le voudrons, ces dernières ne changent pas avec la distance.

La complexité que cache les émotions est quelque chose de doux & d’incroyablement beau, principalement parce qu’elle est la même, tant chez un occidental qu’un oriental, chez un maori que chez un latino, chez un musulman que chez un catholique.

 

Le voyage n’a pas le pouvoir immédiat de guérir ni de changer, mais il apporte l’altitude suffisante pour voir avec une plus grande clarté, tout ce qui nous entoure.

Laissons venir…

Bon voyage xx