Protéger son coeur de nomade

Tout a commencé il y a 5 ans, à l'époque où chaque nouveau jour était un calque du précédent, ces jours où le café, le transport et le boulot suivaient le moment où j'ouvrais mes yeux et regardais par la fenêtre. 

C'est lors d'une période durant laquelle ma carrière commençait à décoller, que tout semblait s'emboîter se tracer pour ma vie future, que l'amour du monde m'a frappée. Il a bouleversé ma vie entière, a saccagé sans pitié ma routine et a déclenché un duel entre la personne que je croyais être et celle que j'étais réellement. Il m'a fait découvrir une toute autre façon de vivre et de voir la vie. Une façon que jamais auparavant, je n'avais imaginé. Tout ce pour quoi j'avais travaillé, ne semblait plus faire autant de sens à présent. 

C'est sans s'annoncer que cet amour pour le monde à forcé la porte de mon quotidien et est venu tout chambouler. 

Jusqu'à ce jour, ce feu brûle toujours. Il est inconditionnel et ça je l'ai toujours su. Ma passion, n'a jamais cessé de me pousser à surmonter les épreuves, à repousser mes limites, à faire face à mes peurs et même si parfois, celle-ci m'a bousculée voire dérangée, mon coeur reste ouvert brûlant d'amour pour le monde. 

 

Mais mon coeur a souffert. Comme quand j'ai essayé de me conformer, d'ignorer ma soif de découvrir le monde afin de me concentrer dans mes études, quand j'ai tenté de me convaincre que j'avais envie de rester, de m'installer ici, j'étais triste mais je ne pouvais m'empêcher de me demander si c'était réellement ça la vie, si je ne serais pas plus heureuse, si ce ne serait pas plus facile d'entrer dans cette marche au pas cadencé. Mais comme chaque fois que j'ai essayé d'aller à contre-courant, de faire taire ma nature sauvage, celle-ci est revenue me frapper de plus belle. Malgré le fait que je l'ai mise de côté, elle est toujours revenue me chercher. Comme une grande amie, elle ne m'a jamais laissée tomber.

 

En tant qu'amoureux du monde, notre mission est de protéger notre coeur de nomade.

 

Je sais, c'est parfois difficile. Alors que certains tentent de nous convaincre de rester, recrachant le discours implanté dans leur tête par la majorité, travaillant de pair avec la pression de notre monde occidental qui nous influence à performer, à nous sédentariser, à travailler dur, à produire des résultats et à chiffrer nos accomplissements: une somme d'argent, une note au bulletin, un nombre d'heures travaillées... C'est alors que les murs se rapprochent, que l'espace destiné à laisser libre cours à nos aspirations se restreint de plus en plus, que notre passion tente de s'enfuir au galop face à l'étau qui se resserre.  Notre cycle naturel est forcé à se régler, se standardiser, se conformer... et sous toute cette pression sournoise, nous délaissons notre coeur de nomade.

 

Mais si le feu d'une passion, d'un amour si fort peut s'affaisser, si celui-ci est véritable, jamais il ne cessera de brûler. 

Protéger son coeur de nomade c'est donner à celui-ci un temps pour se déployer et s'exprimer. C'est fermer la porte de sa chambre, écrire ''ne pas déranger'' sur celle-ci, sortir un calepin et laisser à son coeur  la liberté de créer. C'est ne pas avoir honte de le célébrer, de dire haut et fort que l'on est fidèle à ce feu qui brûle en nous. C'est inspirer les autres à faire confiance à ce qu'ils ressentent et les aider à s'ouvrir et suivre leur propre voie plutôt que de consacrer notre énergie à essayer de nous justifier auprès de ceux qui ne souhaitent pas écouter.

 

Laisser le naturel revenir au galop sans résister, repousser les frontières et faire de l'espace pour que notre côté insoumis, indompté puisse cavaler en toute sécurité. Révéler notre âme sauvage et la célébrer plutôt que la museler, la protéger plutôt que laisser les gens la piétiner avec leurs pieds souillés de ''bonnes intentions'', être fidèle à soi plutôt que de laisser les autres nous dicter grossièrement quels devraient être nos rêves et nos envies, se tenir droit fièrement plutôt que laisser ce qui va à l'encontre de notre être véritable affaisser les vertèbres de notre passion.

 

Il est si peu courant aujourd'hui de retrouver le naturel. Nous sommes aseptisés, conditionnés jour après jour à nous conformer, nous sommes bombardés d'images destinées à contrôler notre cerveau, nos pensées et notre façon de vivre. Poussés  à dessiner à l'intérieur des lignes, nous sommes domptés, entraînés, ajustés afin d'entrer dans un moule unique, trop serré, trop inconfortable, aucunement adapté pour soi.

 

Nous sommes pressés comme des citrons, surmenés à force de toujours devoir donner le meilleur de nous-mêmes et répondre aux exigences extérieures. La confusion l'emportant sur le silence, éparpillés, nous nous jetons dans des tourbillons de tâches et d'activités pour combler le moindre espace vide de nos vies afin qu'il ne reste plus de place pour nous connecter avec nous-mêmes, nous justifiant de "ne pas avoir  le temps''. Pas le temps de méditer, de réfléchir, de respirer en pleine conscience, de voyager, de rêver, d'aimer profondément, de s'ouvrir aux autres, de vivre notre vie à notre façon...

 

 

J'ai toujours véhiculé des valeurs d'ouverture et de vulnérabilité mais si nous voulons être bien et en paix dans le monde occidental dans lequel nous vivons, nous devons aussi nous protéger, renforcer nos barricades face aux choses qui ne nous veulent aucun bien. Ces choses peuvent être difficiles à reconnaître puisqu'elles se présentent parfois sous une parure de bonnes intentions. Il est de notre devoir de nous protéger, de cultiver notre jardin, de l'arroser, de le mettre à l'abri de ce qui l'empoisonne et de tout ce qui n'est pas naturel, lui accorder du temps et de l'énergie pour qu'il fleurisse. Si on le nourrit, il nous nourrira à son tour.

 

 

Libérer sa nature sauvage, c'est revenir au naturel.

Célébrer son coeur de nomade, dire oui à sa propre vie.

Protéger sa nature profonde, c'est l'action héroïque de célébrer  la personne que nous sommes, et si nous ne le faisons pas pour nous, qui le fera? 

 

Bon cheminement cher nomade et une fois de plus... 

Bon voyage!

 

 

* J'ai été inspirée à l'écriture de ce texte après le visionnement de la bande annonce du documentaire Poisoning Paradise. Si vous suivez la page Facebook de Lively Barefoot, vous savez que l'environnement est un sujet qui a toujours eu une énorme place dans ma vie. Cela me révolte que l'on modifie chaque parcelle de nature sauvage afin que celle-ci soit dédiée à nous servir monétairement et que nous répétions le même processus pour l'humain.

Il est de notre devoir de rester éveillé, de nous informer et de ne pas nous laisser endormir par les discours flous et dépourvus de sens de nos élus, il est de notre devoir de limiter les distractions et tout ce qui fait entrave à notre jugement et de se battre pour ce en quoi on croit, pour nos valeurs et nos passions. Il est de notre devoir de nous tenir debout pour notre propre personne mais aussi, pour le monde dans lequel nous vivons.