Les dangers d'une vie de voyage

On le sait, on le dit, voyager comprend une part de risque. Certains vont jusqu’à s’empêcher de partir par peur du danger, par peur de l’inconnu et ils ont raison. Je le ressens moi-même. Lorsque je reste trop longtemps dans ma routine, dans mon pays, les insécurités s'installent sournoisement. C'est d'ailleurs, l'une des principales raisons pour lesquelles je voyage. 

Pour me défaire de ces craintes généralement non fondées, pour ne pas devenir effrayée de par le monde ni craintive simplement à l'idée de quitter mon confort.

Je voyage pour me secouer, pour me rappeler que notre monde est rempli de trésors cachés, de richesse et de beauté.

Mais les risques lorsqu’on part à l’aventure sont bien réels. On aura beau dire ce qu’on voudra, le voyage, c’est dangereux.

 

Dangereux puisqu’il nous fait remettre en question tout ce que l’on a appris depuis qu’on est jeune. Il réfute ce qu’on nous a enseigné et ce que les médias nous ont inculqué. On nous a conditionné à craindre les gens d’une certaine religion ou d’un pays en particulier. On nous dit que le monde est un endroit cruel et dangereux, mais ceux qui nous retiennent le plus de prendre le large sont souvent ceux qui, eux-mêmes, sont effrayés. Ceux qui eux-mêmes n'ont pas encore osé mettre le pied dehors. Si seulement ils savaient. Si seulement ils sortaient, voir par leurs propres yeux. 

 

Le voyage est dangereux car il nous force à nous défaire de nos préjugés. Il nous aide à réaliser que toutes nos idées préconçues sur un pays, sur un peuple, sur une culture ne sont amplifiées que par notre propre ignorance et ne sont bien souvent qu’une distorsion de la réalité. C’est en cessant de voir le monde à travers notre télévision, à travers une information sélective voire manipulée, qu’on réalise de quoi est fait véritablement notre planète. Que ce soit ici en Amérique, en Europe ou en Afrique, l’amour reste l’amour, la confiance reste la confiance, un sourire veut dire la même chose ici ou là-bas.  

 

Si les médias misent sur ce qui nous sépare, le voyage nous pousse à voir ce qui nous unit en tant qu’humain.

 

Le voyage est dangereux car il peut bouleverser notre vie en un clin d’oeil. C’est lorsqu’on est seul, à l’autre bout du monde, que personne n’a d’attentes envers nous et qu’on a à penser à personne d’autre qu'a soi qu’on fait les plus grandes réalisations. C’est dans ces moments de réflexion que nous pouvons prendre conscience que notre vie à la maison n’est peut-être pas celle qu’on souhaite vivre, que notre boulot ne nous apporte plus autant de bonheur qu’avant ou qu’on a laissé une partie de soi à l’abandon pour répondre à certains standards extérieurs. Voyager nous amène à changer, à prendre des décisions & parfois rectifier le tir. Si seulement, on apprenait à s'ouvrir au changement plutôt que de le craindre, ne vivrions-nous pas dans un monde bâti davantage sur l'ouverture et la tolérance? Heureusement, l'ouverture, ça commence avec soi.

 

Le voyage est dangereux car il nous réveille comme l’effet d’une douche froide. Il n'épargne nullement le voyageur qui lui, cherche à être secoué. Partir à l’autre bout du monde, être dépaysé, devoir faire preuve d’une capacité d’adaptation énorme, sortir de notre zone de confort, apprendre de nouvelles langues, s’ouvrir à l’inconnu, tout cela réveille un côté de notre potentiel qui dort lorsqu’on est dans le confort de notre routine. 

 

Le voyage est dangereux car il nous fait comprendre que le véritable bonheur est intangible. Alors qu'ici en Occident, nous vivons dans une société de consommation, c’est quand on visite des pays dits moins développés ou du moins avec des valeurs toutes autres, qu'on réalise que le contact humain nous rendra toujours plus heureux qu'un nouveau bien matériel. 

C'est lorsque l’on voit les gens heureux avec presque rien en terme de matériel, lorsqu’on les voit se réunir après le boulot, à la plage pour voir le soleil descendre, c’est quand on voit cet effet immense de communauté, d’entraide, de simplicité et de joie de vivre, que l’on réalise à quel point il est triste, de se réjouir devant des biens tel un téléphone ou une nouvelle voiture. Combien il est tellement plus riche de vivre une vie remplie de valeurs humaines plutôt que d'objets. Les biens matériels n'ont pas le pouvoir de nous rendre satisfaits si notre vie est dépourvue de valeur et de sens.

 

Le voyage est dangereux car il nous fait voir qu’il y a d’autres façons de vivre sa vie que études - boulot - retraite ou encore 80% boulot - 20% vacances. Je pense que si autant de jeunes ne veulent rien savoir de travailler toute leur vie pour une retraite c’est que nous avons vu nos parents bûcher durement toute leur vie pour un montant infime dont ils pourront profiter qu’une fois rendus au dernier quart de leur vie. Il est admirable qu'ils aient vécu leur vie ainsi, souvent pour nous permettre à nous, leurs  enfants de bien grandir mais aujourd'hui il y a tellement de nouvelles façon accessibles de vivre et de bien gagner sa vie.

 

Les jeunes adultes, nous voyageons plus que jamais, cela nous permet de voir les différentes visions que les gens ont par rapport à leur travail partout à travers le monde. Dans beaucoup de pays, les gens choisissent de travailler beaucoup moins pour passer du temps avec leur famille tout au long de leur vie. Plusieurs peuples trouvent cela dérisoire de dépenser en objets matériels nos heures durement travaillées et ils ont raison. Multiplier les rencontres et les conversations avec les gens de partout dans le monde nous oblige à remettre en perspective notre façon d’organiser nos vies.

 

Voyager nous éduque énormément par rapport à la valeur de l’argent, la valeur du temps et la valeur des relations humaines. Aller à la rencontre des gens de partout à travers le monde, changer de regard, de valeurs, changer de vie s'il le faut mais oser changer pour le mieux. 

 

Oui, le voyage est dangereux.

Dangereux puisqu'il menace de changer le cour de notre vie. Dangereux puisqu'il met en péril la suite de notre parcours planifié. 

Mais le voyage nous réveille. Il nous fait prendre conscience que le plus grand risque d'une vie n'est pas de rester chez soi mais plutôt d'avoir peur de ce qui se trouve là dehors, de l'autre côté de nos habitudes. C'est lorsqu'on ose franchir cette ligne que s'ouvrent à nous de nouvelles perspectives, de nouvelles façon se voir la vie et de se voir soi-même.

 

Choisissons l’ouverture plutôt que la fermeture, osons prendre le risque de vivre différemment, osons changer nos habitudes, nos croyances, notre paire de lunettes occidentales. 

 

Regardez vos peurs droit dans les yeux, et faites leur un petit clin d'oeil! 

Elise Bernier1 Comment